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Valérie Belin
OEUVRE  1  2   |  L'ARTISTE  


Sans titre (97070804)
de Valérie Belin

Photographie noir et blanc issue de la Série Venise (Miroir).
© Adagp, Paris, 2007

Le travail de Valérie Belin est strictement photographique, réalisé sans manipulations ni mise en scène, avec des sujets parfaitement identifiables, traités selon un protocole clair (vision frontale rapprochée, cadrage serré, absence de décor ou de contexte, tirage noir et blanc très contrasté).

Valérie Belin livre une radiographie intense de l'objet photographié, en même temps qu'elle bascule son apparence vers quelque chose d'autre.
Valérie Belin choisit les objets qu'elle photographie pour leur « photogénie », dans le sens où ceux-ci sont capables de produire de la lumière, une image nette, bien contrastée, créant « un effet supérieur à l'effet produit au naturel ». En effet, seuls l'intéressent les sujets dont la nature est au plus proche du médium photographique.

Pour éviter l'anecdote de la forme, et pénétrer ainsi au coeur des choses, le travail de Valérie Belin s'est cristallisé sur la photographie d'objets transparents (verres) ou réfléchissants (miroirs). L'enjeu principal en était la matière, et il est apparu qu'il existait une sorte de symbiose entre l'essence purement lumineuse de ces objets et la nature du medium photographique lui-même. Aussi, les photographies d'objets en verre ou de miroirs sont-elles moins des photographies d'objets que celles de leur spectre lumineux - la fixation sur la surface sensible de la lumière renvoyée par leur corps.
Il se dégage de ce travail un certain esprit baroque, dont les dernières séries réalisées à Venise, constituent l'aboutissement. L'objet miroir - sans naïveté aucune - est aussi présent dans ses dimensions évocatoires de perte, d'éphémère et d'absence. Ainsi cet objet narcissique ne reflète-t-il que lui-même, à l'infini, jusqu'à s'annuler. C'est pourquoi on a pu parler à leur sujet de memento mori ou de vanités. Néanmoins - l'objet étant assujetti à un processus d'objectivation sans compromis, où la représentation semble se retourner sur elle-même par trop d'insistance - le sujet philosophique qu'il statue est tenu à distance, désamorcé, dépouillé de son drame ; il se dissout dans la photographie.
Les photographies des miroirs vénitiens semblent glisser entre deux niveaux de sens dans un mouvement qui jamais ne se stabilise ; elles sont ce point de fragilité où la profondeur de l'allégorie rejoint la surface.


Date de réalisation : 1997
Support : Photographie
Dimensions : 100 x 80 cm


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