20 / 05 / 2019

 - Actualité

Bernard Frize en 5 œuvres

Événement au Centre Pompidou : plus de 15 ans après la grande exposition qui avait été consacrée à Bernard Frize au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, "Bernard Frize. Sans repentir" retrace quatre décennies d’une carrière dévouée à la peinture en tant que médium, matériau, et source d’inspiration et de création. C’est en effet celle-ci qui est à l’origine de tout le travail de l’artiste qu’il mène "Avec déraison", "Sans effort", "Avec système", "Sans système", "Avec maîtrise", et "Sans arrêt", pour reprendre la manière toute en paradoxe dont la scénographie de l’exposition le définit. Retour en 5 œuvres sur la production unique, protocolaire et volontiers malicieuse d’un peintre dont la Collection possède une toile, "Synchronia".

Bernard Frize, Synchronia, 2004, acrylique et résine sur toile, 130 x 175 cm - © Adagp, Paris 2019

Suite Segond 120F, 1980

 

C’est à la fin des années 70 que Bernard Frize commence à se consacrer à la peinture, et dès ces débuts, un objectif : en finir pour de bon avec la conception de l’artiste comme démiurge. Pour élaborer une peinture où « les sensations, les sentiments [n’ont] pas de place », où le moi disparaît derrière le médium, il met au point des protocoles techniques qu’il exploite de manière sérielle. Dans Suite Segond 120F, le primat de la matière et du processus sur l’intention et le résultat est déjà proclamé : le tableau est composé de pellicules de peinture séchée dans des pots restés ouverts que l’artiste a disposé tels quels. Plus que la main de l’artiste, ce sont les « accidents » générés par le protocole – coulures, plis... – qui tracent le tableau.

 

Interlude, 1988

 

Dans Interlude, cette même idée est poursuivie par de nouveaux moyens : cette fois-ci, c’est le pinceau qui dessine d’une traite une série d’entrelacs, faisant émerger une impression de relief de ces lignes continues. Frize refusant toute reprise ou retouche, le tableau a été réalisé en un seul jet, comme chacune de ses œuvres : l’artiste s’attache à une lisibilité et une transparence parfaite. Économie de moyens et infini se touchent dans cet enchevêtrement de boucles…

 

Rami, 1993

 

Par l’intermédiaire des protocoles qu’il met en place, c’est avec le hasard que travaille Bernard Frize. Les règles qu’il instaure, par leur contrainte et leur fonctionnement indépendant, le libèrent de toute décision personnelle. C’est ainsi que sont apparues les ramifications presque végétales ou aquatiques de Rami. L’utilisation de la nacre souligne la dimension organique du travail de l’artiste, qui s’attache à révéler ce qui tient de la force naturelle dans la peinture. Le hasard permet aussi des associations d’idées touchant à l’absurde ou au ludique : aussi, Rami tient son titre du nom d’une rame de RER !

 

Rassemblement, 2003

 

Toujours dans l’idée de mettre à mal le « moi créateur », Frize créé certaines œuvres avec l’aide de plusieurs assistants, floutant ainsi encore plus les limites de sa propre intervention. Jeu sur l’imprévu et sur la grille, motif moderniste s’il en est, Rassemblement forme un réseau de lignes d’origine inconnue, le protocole substituant l’aléatoire à la volonté. La peinture déborde d’elle-même les lignes, subvertissant toute idée de contrôle ou de délimitation.

 

LedZ, 2018

 

Comme elle retrace toute la carrière de Bernard Frize, l’exposition du Centre Pompidou présente des œuvres très récentes : c’est le cas de LedZ. Jouant sur les antagonismes de surfaces horizontales et verticales, on y retrouve ses premières obsessions (le maillage de traits horizontaux et verticaux qui recouvrait celui de la toile de st 77, n°2 par exemple) mais aussi un renouvellement des formes : « Je ne répète pas la même chose, mais cherche des entrées différentes », explique Frize. Quête de sens en permanence déçue, son travail est à la fois affirmation – de la créativité de son médium –, tentative d’effacement – de son auteur – et preuve s’il en fallait une que la peinture nous réserve encore bien des mystères…

 

À voir > Au Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, 75004 Paris
Du 29 mai au 26 août, de 11h à 21h sauf le mardi

Visuel : Bernard Frize, Synchronia, 2004, acrylique et résine sur toile, 130 x 175 cm - © Adagp, Paris 2019