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On vous le disait déjà il y a quelques années : la Collection et le Prix Marcel Duchamp, c’est une longue histoire… Qui se poursuit donc puisque c’est au tour d’Éric Baudelaire de rejoindre les lauréats dont la Collection possède une œuvre. Un succès bien mérité pour un artiste dont l’œuvre est visible en ce moment au Centre Pompidou et au MAM à Paris, ainsi qu’au CRAC Occitanie à Sète, qui lui consacre une exposition monographique. Retour sur une carrière qui floute et réinvente les frontières entre art et documentaire...

Des États-Unis à l’Abkhazie
Né en 1973 à Salt Lake City, Éric Baudelaire grandit entre la France et les États-Unis. Après des études de sciences politiques, il se consacre d’abord à la recherche, et n’arrive à la pratique artistique que dans un second temps, à l’occasion d’un premier voyage en Abkhazie. Baudelaire y découvre que c’est à travers les images qu’il souhaite évoquer le réel, sans nécessairement passer par une approche documentaire : « J’étais à la recherche d’une forme de création d’images qui me permettrait d’être en contact avec le réel, avec des sujets d’histoire ou de politique actuelle, mais à l’intérieur d’un espace où je serais libre de créer des récits, des dispositifs, où je pourrais éventuellement m’appuyer sur des fictions lorsque cela me paraîtrait plus efficace », explique-t-il. La réflexion sera fructueuse : il ramènera de ce pays des images de reportage, puis une première série plus cinématographique intitulée « États Imaginés » (2005), dont la Collection possède un cliché, "Attente", et plus tard un film intitulé "Letters to Max" (2014).

Du Japon au Liban
C’est donc entre photographie, film et écriture que se poursuit la carrière de l’artiste, qui continue à conjuguer son intérêt pour l’histoire et la politique et son aspiration à transcender l’approche documentaire – au point de faire scandale au festival de photojournalisme Visa pour l’image avec "The Dreadful Details" (2006), scène de guerre qui malgré son réalisme, a été créée de toute pièce dans un studio de cinéma hollywoodien. À l’occasion d’une résidence au Japon où il fait des recherches sur l’armée rouge japonaise, il réalise son premier long métrage, "L'Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi et 27 années sans images" (2011), qui marque aussi sa première collaboration avec le cinéaste expérimental Masao Adachi qui, dans les années 70, avait rejoint la lutte armée pour la cause palestinienne au Liban. Collaboration reconduite en 2013 avec "The Ugly One", que Baudelaire réalise à Beyrouth sur un scénario d’Adachi, et en 2017 avec "Also Known As Jihadi" qui retrace le parcours d’un jeune Français parti en Syrie en s’appuyant sur "A.K.A Serial Killer " du réalisateur japonais.

De la Seine-Saint-Denis à Paris
C’est finalement plus près de nous, entre Paris et la Seine-Saint-Denis, qu’Éric Baudelaire réalise le projet qui lui a valu le Prix Marcel Duchamp. Intitulée "Tu peux prendre ton temps", cette installation est le fruit d’une collaboration au long court avec une vingtaine d’élèves du collège Dora Maar, en Seine-Saint-Denis. Au centre de celle-ci, "Un Film Dramatique", long métrage filmé par les adolescents eux-mêmes, questionne la nature même du cinéma. Si Bernard Blistène, directeur du musée national d’art moderne et membre du jury du Prix Duchamp, salue « la force du film réalisé, l’originalité de son dispositif et l’espoir qu’il porte en lui », c’est aussi un résumé remarquable d’une œuvre en constante évolution qui mêle questionnements politiques et esthétiques, individualités et collaborations, réalité et fiction. Bref, une belle définition de l’art contemporain...

C. Perrin

À voir > « Prix Marcel Duchamp, les nommés » au Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, 75004 Paris. Tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi, du 9 octobre au 6 janvier 2020. www.centrepompidou.fr
> « You — Œuvres de la collection Lafayette Anticipations » au Musée d'Art Moderne de Paris, 11 avenue du Président Wilson 75116 Paris. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, du 11 octobre au 16 février 2020. www.mam.paris.fr
> « Faire avec » au Centre Régional d’Art Contemporain Occitanie, 26 quai Aspirant Herber, 34200 Sète.Tous les jours de 12h30 à 19h sauf le mardi, du 9 novembre au 2 février 2020. crac.laregion.fr/

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