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Gilbert Garcin, photographe atypique dont la Collection détient trois clichés, Le collectionneur, Le danger des images, et La dernière ligne droite, est décédé le 17 avril dernier. Âgé de 90 ans, il s’est éteint dans son sommeil à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône où il a passé sa vie. Retour sur une carrière tardive et singulière, entre humour et poésie.

Une vie rangée
Gilbert Garcin est né en 1929 à La Ciotat. Après des études de commerce, il passe quarante ans à travailler dans la vente de luminaires. Entrepreneur tranquille, patron sans histoire, ce n’est que lorsqu’il prend sa retraite que sa vie d’artiste commence : il s’inscrit au photo-club d’Allauch, petit village près de Marseille, et remporte un concours amateur. Cette victoire devait se montrer décisive : elle lui offre un stage aux Rencontres d’Arles 1992 animé par le photographe Pascal Dolémieux, qui fait photographier des figurines découpées disposées dans les rues d’Arles à ses élèves. Les méthodes utilisées alors, Garcin les gardera toute sa carrière, qui prend son envol en 1998 : lors d’un festival de photographie à Braga, au Portugal, la galerie Les filles du calvaire repère son travail. Elle prend sous son aile le jeune photographe de 69 ans et l’ expose à Paris Photo. Il y attire l’attention de nombreux amateurs et de collectionneurs, et est peu à peu amené à exposer dans le monde entier. En 2013, les Rencontres d’Arles, où tout a commencé, lui consacrent une rétrospective.

L’artiste et son double
En ces 25 ans de carrière, Gilbert Garcin réalise plus de 400 images mais n’en conserve qu’environ 260. Loin de tout académisme, elles obéissent toutes aux mêmes lois, définies très tôt par l’artiste : photomontages en noir et blanc capturés par un boîtier Nikon d’occasion et travaillés dans un studio rudimentaire installé dans un cabanon, elles mettent en scène un ou deux personnages, Garcin lui-même et sa femme, silhouettes perdues dans des saynètes poétiques ou burlesques. Si elles évoquent volontiers le surréalisme empreint d’humour d’un Magritte, c’est surtout Jacques Tati qui influence les images de l’artiste : en effet, on retrouve dans ses photographies l’humour, l’expressivité et le minimalisme du cinéaste, et le personnage que campe Garcin dans ces autoportraits, « Mister G », avec son sempiternel pardessus, tient beaucoup du célèbre Monsieur Hulot.

Le danger des images

Truffées de jeux de mots visuels, d’autodérision et d’absurde, les photographies de Garcin tiennent aussi de l’univers théâtral de Beckett, peignant un monde en quête de sens à la fois réaliste et onirique où la noirceur n’est jamais très loin. Le photographe s’y représente aux prises avec la solitude, le temps qui passe, l’amour, la mort ou la liberté. Leur simplicité volontaire, due tant à l’économie de moyens qu’au périmètre esthétique choisis par l’artiste, en font de véritables aphorismes visuels qui souvent, illustrent malicieusement leur titre. Œuvres très accessibles où chacun peut se reconnaître, le photographe les souhaitait ouvertes, pour que le public le plus large puisse se les approprier.

C. Perrin

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