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Sculptures, peintures, installations, vidéos… La pratique artistique de la plasticienne française Morgane Tschiember, dont la Collection détient une œuvre, "Iron Maiden 4", est à la fois multiple et singulière. Elle lui a valu, entre autres, le prix Paul Ricard en 2001, des collaborations avec Olivier Mosset ou Douglas Gordon, ainsi que de multiples expositions, individuelles et collectives, dans le monde entier. Alors qu’HONEY, HONEY ! fait les délices des visiteurs du Portique au Havre, focus sur une œuvre à la fois rugueuse et douce, en cinq gestes.

Photographier

 

Lorsqu’elle est encore étudiante aux Beaux-Arts de Paris, c’est d’abord la photographie qui intéresse la jeune artiste : elle imagine en effet une campagne d’affichage sur des panneaux Decaux. Première manière d’appréhender puis d’incarner formes, matières et couleurs. Mais elle se heurte rapidement aux limites du médium : ses deux dimensions se révèlent insuffisantes. Elles font apparaître une nouvelle nécessité ; celle de se confronter directement à la matière et sa sensualité, ancrage tangible dans le monde et dans le temps.

 

Sculpter

 

C’est la sculpture qui offre à Morgane Tschiember le lieu le plus propice à ses explorations. En multipliant les installations et les matériaux – céramique, corde, verre, aluminium, mousse… –, elle se réapproprie les codes plastiques de l’abstraction minimale pour les dépasser, et stimule la perception autant qu’elle en montre les limites. Ainsi, sa série « Shibari » (2013-2017) élabore un jeu subtil entre la dureté de la matière utilisée (sculptures de céramique) et l’impression de mollesse et d’abandon qui en émane.

 

Inventer

 

Volontiers malicieuses et ludiques, traversées de mouvements, ses œuvres proposent de nouvelles interactions entre la matière, l’histoire de l’art, son environnement, et la perception que l’on en a : le sable aggloméré, matériau de l’industrie, se voit doté d’une nouvelle grandeur (Six Soleils, 2016) ; l’acier semble soudain souple et léger (Swing, 2012). C’est un nouveau rapport au monde qui est ainsi inventé, à la fois immédiat et complexe, enrichi de nouvelles possibilités.

 

Chorégraphier

 

La mise en scène de ses sculptures, tout comme ses installations et ses happenings, dessine l’espace et crée un rythme. Dans la série « Honey Drop » (2019), le temps est suspendu : le verre soufflé s’est figé, semblable à des coulures de miel. À l’inverse, Three Movements (2009), où elle dansait devant les toiles d’Ellsworth Kelly au MoMa, faisait advenir le mouvement affleurant à la surface de ces toiles. Jeu sur le mouvement donc, mais aussi sur les temps et le rythme qui permet de rendre palpable la petite musique du monde : « au loin, on entend des sons, puis de nouveaux sons, comme s’ils avaient fusionné », suggère l’artiste…

 

Voir

 

Décalages, correspondances : c’est enfin le regard du spectateur que Morgane Tschiember sculpte. Trouvant ses sources dans une vision du matériau riche et aiguisée, son travail recréé les liens entre les matières, les choses et les êtres. Au-delà des dualismes, ce sont de nouvelles relations et une véritable harmonie qui sont établies entre perception et réflexion, corps et esprit, création et destruction, instant présent et historicité.

 

 

À voir > Au Portique – centre régional d’art contemporain du Havre, 30 rue Gabriel Péri, 76600 Le Havre, du mardi au samedi de 14h à 18h30, jusqu’au 1er juin 2019.

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