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« Je peins des coins depuis une décennie comme une métaphore du confinement dans mon corps, dans des langues, dans des pays, sur Terre, et, cela va sans dire, dans la condition humaine », explique l’artiste franco-iranien Sépànd Danesh. Si sa troisième exposition à la galerie Backslash, « Me, my eagle and my snake (Moi, mon aigle et mon serpent) » a dû temporairement fermer ses portes en raison des mesures gouvernementales, les préoccupations de l’artiste sont plus d’actualité que jamais. Focus sur une œuvre entre peinture, réflexion et protocoles géométriques.

« Encyclopédie de l’imagination »
Né en 1984 à Téhéran, en Iran, la famille de Sépànd Danesh fuit le pays pour les États-Unis puis pour la France lorsqu’il a onze ans. Pour contourner la barrière de la langue, le jeune Sépànd développe très vite le besoin de dessiner : il remplit des pages et des pages de petits dessins au stylo. S’il s’oriente dans un premier temps vers le dessin technique, il postule bientôt aux Beaux-Arts de Paris, où il suit les enseignements de Giuseppe Penone puis Philippe Cognée. Ces premiers dessins seront ensuite rassemblés sous le nom d’« Encyclopédie de l’imagination » – la Collection en possède une page, la #340 – : sur une feuille A4, des petits carrés d’environ 2,5 centimètres de côté sont organisés en colonnes. Chacun représente un petit dessin, première manière pour l’artiste de fragmenter ses idées et d’explorer les liens entre monde réel et monde imaginaire...

Konj-kav
Mais c’est bientôt vers la peinture que se tourne Sépànd Danesh. Il élabore un style unique, reconnaissable au premier coup d’œil, tout en couleurs vibrantes, figures géométriques et effets de trompe-l’œil, et se trouve un sujet de prédilection : le coin. En persan, le mot konj-kav, qui se traduit littéralement par « creuser le coin », signifie curieux, et c’est bien pour y découvrir ce qui s’y cache que Danesh le peint encore et encore, sous forme d’encoignure de murs sans sol ni plafond. Présent sur tous ses tableaux, volontiers abstrait, le coin y est à la fois contrainte, refuge, et écrin pour les différents objets qu’il abrite. Le spectateur s’y heurte, comme pour illustrer le célèbre « Le réel, c’est quand on se cogne » de Jacques Lacan. Ainsi, sur Soulèvement, qui fait partie de la Collection Société Générale, l’étagère installée au coin du mur expose un cadre, une vitre brouillée et des pancartes sur lesquelles on ne trouve aucune revendication, vestiges de l’histoire personnelle de l’artiste comme de la grande histoire ou de l’histoire de l’art.

Voxels
Poursuivant le travail de fragmentation entamé plus tôt, Danesh peint souvent des figures décomposées en cubes comme autant de pixels en volume – des voxels. C’est le même procédé qu’il utilise pour créer des sculptures composées de cube de bois peints : les éléments forment des silhouettes à l’allure digitale. Ces personnages semblent familiers : l’artiste n’hésite d’ailleurs pas à offrir des relectures d’œuvres qui l’ont marqué, comme Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, qui est au cœur de « Me, my eagle and my snake ». Tout en angles, l’art de Sépànd Danesh trouve de nouvelles perspectives à ouvrir dans le moindre recoin.

C. Perrin

À voir > « Me, my eagle and my snake » à la galerie Backslash, 29 rue Notre-Dame de Nazareth, 75003 Paris
Du 12 mars au 18 avril, du mardi au samedi de 14h à 19h : http://www.backslashgallery.com/sepand-danesh-me-my-eagle-and-my-snake
La galerie étant fermée jusqu’à nouvel ordre, c’est en ligne qu’on peut retrouver pour le moment les œuvres de l’artiste, notamment sur le compte Instagram de la fondation Colas : https://www.instagram.com/fondationcolas/
Sépànd Danesh a aussi participé au numéro 2 de la revue N/Z : https://www.lahah.fr/#revue-n-z-2-lecriture-en-dialogue
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