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Expositions monographiques, thématiques, chronologiques… La pluralité des choix des commissaires d’expositions n’a jamais été aussi importante, tout comme l’abondance des réflexions contemporaines dans le domaine. Depuis plus d’un an, le Frac Île-de-France prend ces problématiques à rebours et balaie la question de la subjectivité en choisissant de créer des accrochages déterminés par une lettre : ainsi l’exposition D, qui se déroule actuellement au Château de Rentilly en banlieue parisienne, rassemble uniquement des œuvres d’artistes dont le nom commence par D – dont plusieurs artistes de la Collection. Visite d’une exposition ludique et atypique.

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard

Après l’exposition L, qui s’est déroulée au même endroit de septembre 2018 à février 2019, c’est donc la lettre D qui est à l’honneur : elle a été choisie par un tirage au sort réalisé par un plugin sur le site internet du Frac en mars dernier, soit par le plus grand des hasards. L’idée ? Favoriser l’expérimentation et rafraîchir le regard. Dans la lignée des surréalistes ou de Fluxus auxquels l’institution a dernièrement consacré des expositions, il s’agit d’établir un protocole et de s’y tenir. Le résultat ? La rigueur du concept se redouble de la surprise suscitée par la juxtaposition d’œuvres ayant pour unique point commun l’initiale du nom de leur auteur. Relecture moderne du coup de dés donc, et le D pour prétexte, convoquant peintures, dessins, sculptures et vidéos.

Protocole et autonomie

Par ce même hasard, certains des artistes exposés partagent ces jeux de protocoles et de suspension de la subjectivité : c’est le cas par exemple Jérôme Dupin, dont les quasi monochromes sont le fruit de règles rigoureuses qui semblent suggérer que la liberté créative ne s’exprime jamais mieux que contrainte. Cela dit, la majorité des travaux rassemblés explorent d’autres questions. Ainsi, dans la première partie de l’exposition, le regard est attiré par la clarté organique de "Plein ocre" d’Olivier Debré. Comme dans le "Gris coulé sur orange" de la Collection, l’absence de cadre souligne l’importance de la matière dans le travail de ce maître de l’abstraction gestuelle. Un peu plus loin, plusieurs toiles de Marc Desgrandchamps étalent leurs couleurs franches et leurs silhouettes hiératiques : la travail de chacun des artistes exposés apparaît comme un îlot totalement autonome de celui des autres, faisant passer le visiteur d’un univers à l’autre en un clin d’œil.

Rencontres fortuites

Pourtant, de ces rencontres fortuites émergent parfois des contrastes saisissants ou des harmonies fructueuses. À l’étage par exemple, dans la seconde partie de l’exposition, une connivence se créé entre des œuvres de Stéphane Dafflon et celles de Philippe Decrauzat. Elles semblent se répondre, conjuguant affinités – influences conjuguées de l’Op’art et de la pop culture – et complémentarité – incorporation du volume dans le tableau chez Decrauzat, recréation de celui-ci par illusion d’optique chez Dafflon – en plusieurs tableaux abstraits aux lignes géométriques que l’accrochage permet d’embrasser en un seul coup d’œil. Au-delà du contre-pied malicieux, ce choix de l’arbitraire met donc le regard du visiteur au centre de l’exposition, au sein de laquelle il est amené à devenir lui-même commissaire. Pas mal pour une seule lettre de l’alphabet !

C. Perrin

À voir > au parc culturel de Rentilly - Michel Chartier / frac île-de-france, le château,
Domaine de Rentilly, 77600 Bussy-Saint-Martin
Du 20 septembre au 22 décembre, les mercredi et samedi de 13h30 à 17h30 ainsi que les dimanche de 11h30 – 17h30
https://www.fraciledefrance.com/


Crédits images : Stéphane Dafflon, AST 292, 2017, acrylique sur toile, 150 x 120 x 4 cm © Stéphane Dafflon - Photo : Annik Wetter, Collection Frac Île-de-France
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