Donnant littéralement du poids à ses images, par essences volatiles et éphémères, transformant des reproductions bidimensionnelles, trouvées dans la presse, en volume sculptural tridimensionnel, conservant les effets de cadrage, de montage et de déformation propres à la prise de vue photographique, Wang Du, avec humour et efficacité, a produit l’une des œuvres les plus pertinentes et singulières sur cette question du réel et du virtuel.
Une boulette de papier froissé en général c’est insignifiant. On la jette, on l’oublie. Or, ici, entre les mains de l’artiste chinois Wang Du, elle devient sculpture, presque menaçante par son échelle démesurée.
Attention, il ne s’agit pas de n’importe quel papier, le titre de l’œuvre nous l’indique clairement : nous avons devant les yeux une page du Herald Tribune International.
Mais, quel est le procédé utilisé ? Dans son atelier, l’artiste froisse la feuille de papier journal et fabrique un prototype. Il réalise alors un moulage et ainsi naît l’œuvre en bronze blanc. Le texte réel est ensuite gravé à l’acide par ses assistants. Regardons de plus près : on remarque des points d’oxydation, le matériau évolue, vit et c’est pour cette raison que Wang Du fait le choix du bronze.
L’artiste perturbe les échelles, joue avec la taille et la masse : quoi de plus léger que du papier journal ? Quoi de plus lourd que le bronze ? Le choix du matériau n’est pas anodin. L’artiste se fait ici observateur du monde moderne et nous offre un propos acerbe sur les mass media. Il nous force à ressentir leur pouvoir mais en même temps les fige pour l’éternité. L’information serait devenue un bien de consommation jetable ? L’œuvre de Wang Du établit la démonstration que ce présupposé est obsolète, que l’on ne peut pas se débarrasser de l’information, car elle influence notre réalité : c’est ce que l’artiste appelle ‘post réalité’.
On verra peut-être dans ce froissage, un geste rageur de l’artiste à l’encontre de cette inéluctabilité ?