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Bernard Piffaretti

Date : 2008

Support : Peinture


"Entrer dans une exposition de tableaux de Bernard Piffaretti, c’est d’abord appréhender une série de « situations picturales », comme le peintre les appelle, que l’observateur reconnaîtra sans mal comme celles de l’abstraction moderniste, dont les codes et les composantes se sont progressivement définis au long d’une histoire désormais séculaire. Soit un ensemble de motifs et de structures, grilles, trames, damiers, patterns répétitifs et all-over, de semis de taches ou de menus éléments, qui déclarent la planéité et l’isomorphisme intrinsèques du support de la peinture, auxquels s’accorde la pratique prédominante de l’aplat coloré.

Expliquer ce qu’est un tableau de Bernard Piffaretti passe nécessairement par l’exposé d’une méthode, celle consistant à partager d’un trait de séparation vertical le champ de la toile vierge en deux parties égales, avant de marquer l’une des moitiés par un ensemble de signes, de gestes et de traces qui seront ensuite dupliqués sur l’autre moitié. Par quoi la duplication piffarettienne s’inscrit dans une longue histoire de « l’image dédoublée » et du tableau dans le tableau dont tous les exemples parlent de la peinture comme outil réflexif à faire voir le travail de la peinture. Tout tableau de Piffaretti est donc un méta-tableau, puisqu’il est ce dispositif en miroir dans lequel une partie reflète le scénario de la production de l’image présente dans l’autre partie, sa reprise consécutive et adjacente." (Arnauld Pierre)
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Le guide



Je vous propose maintenant un petit jeu : celui des 7 erreurs…

Regardez attentivement cette œuvre du peintre français Bernard Piffaretti. Au premier coup d’œil, les deux parties du tableau semblent identiques.

Or ce n’est pas tout à fait le cas! Observez la coulure mauve en plein milieu à gauche ; cette autre bleue en bas n’est pas au même endroit ; ce trait rouge est trop estompé sur le bord extérieur gauche ; le trait vert dans l’angle inférieur droit s’arrête trop tôt…

Ce qui au premier abord passe pour une peinture abstraite voire minimaliste est plus ludique qu’il n’y paraît et le processus d’élaboration est complexe.

Alors, comment Bernard Piffaretti procède-t-il ?
-Au préalable, il trace un trait vertical qui coupe la toile en deux.
-Puis, il peint un tableau original sur une des deux moitiés, au choix.
-Enfin, il tente de reproduire, à l’identique, le premier tableau sur l’autre partie, recomposant de mémoire la chronologie du geste pictural.
A la fin, nous ne sommes plus en mesure de distinguer la copie de l’original, les deux parties de l’œuvre n’en forment plus qu’une.

L’artiste travaille ainsi depuis 1986, à tel point que l’on parle de « système Piffaretti » !
Grâce à ce procédé, il trouve un juste milieu entre contrainte et liberté :
-la contrainte de la règle édictée,
-la liberté d’interrompre à tout moment son geste et surtout la liberté de la création qui, malgré la formule imposée, donne toujours un résultat unique, différent.

Au-delà du jeu, Piffaretti fait ce constat : « la peinture ne représente jamais qu’elle-même ».
Il s’agit donc d’une pratique picturale intellectualisée, dont l’issue est  aussi agréable à regarder qu’elle est conceptuelle pour son auteur !