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Après « Passer à travers » cet hiver à la galerie des enfants du Centre Pompidou, ce printemps, la BNF devait dédier une exposition monographique, « Derrière les paupières », à Françoise Pétrovitch, mais les événements actuels ont contraint l’institution à reporter l’événement. En attendant de pouvoir la contempler sur les cimaises, approches d’une œuvre figurative mais silencieuse, contemplative mais inquiétante, qui a peu à peu quitté le papier pour s’étendre aux murs et à la sculpture.

Derrière les paupières
Née en 1964 à Chambéry, Françoise Pétrovitch passe par les Arts appliqués puis Normale Sup. Ses premiers travaux portent sur des cahiers de jeunes filles datant des années 1940 dénichés au Salon des vieux papiers auxquels elle ajoute ses dessins. Elle s’intéresse aussi à la gravure, puis découvre la poterie. Elle commence à exposer à la fin des années 1990 : ses dessins figuratifs semblent à contre-courant des modes artistiques de l’époque. L’objectif n’est pas le réalisme pour autant : l’artiste déploie son univers dans l’entre-deux du rêve. Si elle utilise plusieurs médiums, c’est le dessin qui, selon l’aveu de l’artiste, demeure la colonne vertébrale de son travail. Ses lavis d’encre, ses peintures à l’huile, ses fresques et ses sculptures participent du même univers onirique et sont peuplées des mêmes créatures.

Rouge vif
Dans sa diversité, c’est en effet la cohérence de l’œuvre qui frappe. Elle est parcourue par de nombreux fils rouges formels et thématiques matérialisés par la couleur rouge justement, que l’on retrouve en lignes sinueuses sur ses fresques, en éclairs vifs ou en épanchements sanguinolents sur ses peintures et ses dessins, et enfin en gloire dans la série de sérigraphies « Rougir » (2004-2011). Tantôt éclatant, tantôt délavé, le rouge tranche sur la tranquillité muette des œuvres. Elles sont peuplées d’enfants et d’adolescents, garçons ou filles, comme autant d’êtres en devenir, ou de créatures hybrides, chimères mêlant humanité et animalité. Leur calme apparent se mue rapidement en silence inquiétant : sculptées ou dessinées, les œuvres de Françoise Pétrovitch partagent la latence des instants suspendus.

Lisières
Figés dans le temps en pleine métamorphose, les personnages de l’artiste sont autant de points de convergence entre angoisse et merveilleux, naissance et maturité, masculin et féminin, vie et mort. Dans une grande partie de ses œuvres et notamment dans celle que détient la Collection, une peinture sans titre de 2013, grand portrait évanescent d’un petit garçon, Pétrovitch utilise la technique du lavis, qu’elle décrit comme « une pratique de navigation ». Entre taches vaporeuses et lignes claires, avec ses effets visuels qui reposent sur le temps de séchage des encres utilisées, elle matérialise sur le papier ce rapport au temps qui passe, à la fragilité du moment, qui apparaît alors à la fois éternel et flottant, comme les forêts de ses « Îles » (2015). Créant un sentiment d’intimité même dans ses œuvres grand format (comme ses « Étendus » ou certaines estampes de la série « Nocturnes », par exemple) la plasticienne dessine le monde à la fois inquiétant et familier des paysages intérieurs.

C. Perrin
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